La Presse, Montréal, 13 septembre 2003
Cantons de l'Est

Plaisirs gastronomiques au Nid de poule

André Noël

-Auberges

Dieu lui-même croit à la publicité : il a mis des cloches dans les églises», disait Sacha Guitry. mais Alphonse Alfonso ne se prend pas pour Dieu. Il ne cherche pas de publicité. Signe plutôt encourageant chez un aubergiste-restaurateur.

Lors de notre visite, aucun panneau n'annonçait qu'un gîte venait d'ouvrir au bout de cet étroit chemin de terre, bordé d'arbres et de plantes sauvages. Nous sommes d'ailleurs passé tout droit. Au téléphone, M. Alfonso nous avait donné l'adresse : 3260, 10 ème rang, Dunham. Le numéro apparaît sur une boîte à lettre bancale.

Un numéro qui nous mènera tout droit à une partie de plaisir gastronomique. Peu de B&B, au Québec offrent à la fois le petit-déjeuner et le repas du soir. Le Nid de poule si. Et quel repas! M. Alfonso, originaire de Lens (nord de la France), et sa conjointe Laure, ont exploité pendant des années le Piccoletto à Dunham.

Ce restaurant a reçu les éloges des critiques culinaires canadiens et américains. Alphonse Alfonso a été formé à la bonne école. Fils de républicains espagnols, débarqué au Québec en 1975, il a fait ses classes dans les bonnes tables des Laurentides et de Montréal. Puis, il est devenu lui-même patron. Mais voilà, il en avait assez de vivre à 120 à l'heure.

Ce moustachu verbo-moteur a donc fermé le Piccoletto, au grand dam de ses fans. Après moults démarches auprès de la Commission de protection du territoire agricole, il a obtenu, début juillet, l'autorisation d'offrir gîte et couvert.

Parlons franchement, il existe de plus belles maisons dans les Cantons-de-l'Est. Celle-ci, en bois n'est laide, mais elle ne donne pas l'impression d'être finie. Une piscine hors terre défigure la façade, qu'orne un magnifique érable argenté. De gigantesques parasols, importés d'afrique du Sud, ombragent la vaste terrasse, inondée de soliel le matin.

On entre directement dans la salle à manger, une pièce occupée par une seule grande table. La deuxième salle, pourvue de deux tables, s'ouvre sur une partie de la cuisine. Au bout : salon, où se réfugient les fumeurs qui, fort heureusement, n'ont pas le loisir d'empester les dîneurs.

L'escalier mène aux quatre chambres. La plus spacieuse a sa propre salle de bains, ainsi qu'un balcon. Les trois autres sont plus modestes mais confortables : les deux salles de bains, communes, donnent sur le palier. La décoration est ordinaire. Répétons-nous : on ne va pas au Nide de poule pour la splendeur de l'architecture. Mais pour deux autres raisons.

La première l'ambiance. Chaleureuse et résolument champêtre. Dès l'aube, le coq donne le ton. Son chant très enthousiaste dérangera les dormeurs au sommeil fragile (apportez des bouchons), mais charmera les nostalgiques du terroir. Plusieurs animaux de ferme jouissent de la vie au Nid de poule avant de finir dans les chaudrons de la cuisine. Le jour de notre arrivée, M. Alfonso avait prestement tordu le cou de deux lapins, Sa conjointe les a désossés, roulés dans les fines herbes et confits.

Une marche autour de la maison vous permettra d'admirer aussi un cochon--dont la mort est annoncée pour l'automne-- des poules, des dindons sauvages, des canards et des chevaux. Hormis ces derniers, les animaux sont élevés pour la joie gustatives des clients, tout comme sont cultivés choux, courges, haricots, pois, poireaux, oignons, artichauts, tomates, laitues, alouette.

Car voilà la deuxième et principale raison de notre visite : la bouffe. Elle est exquise. Nous nous sommes contentés de la table à 25$. Au menu ce soir la : crème de côtes de bettes, salade du jardin, poulet de grain chasseur (évidemment élevé sur place) et champignons, fromages (brie, pont-Lévesque, comté), tiramisu. Le tout arrosé d'une bouteille de vin local que nous avions acheté à l'Orpailleur, à trois kilomètres de là. Pour 37,50$, on aurait eu droit à un choix varié avec pour entrée, une salade de gésiers ou un oeuf poché sur caviar d'aubergine et pour plat principal, un magret de canard aux griottes, un cabri aux épices Colombo ou poulet de grain feuilleté.

Au petit-déjeuner : une salade de fruits, des croissants riches en beurre et une omelette bien baveuse comme on en mange dans les restos pour camionneurs sur les route de France. Seul le café laissait à désirer. Mais l'exubérance de M. Alfonso, un homme éminemment sympathique, amoureux de la vie et de la bonne chèere, fait facilement oublier ces insignifiantes carences.

Le Nid de Poule, 3260, 10 ème rang, Dunham, Québec, J0E 1M0

tél: 450-248-0009

web: niddepoule .com

Chambres avec salle de bains à l'étage: 75$

Chambre avec salle de bain : 95$

Petit-déjeuner inclus

Table gastronomique : 37.50$

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